Palais d’Ambohitsorohitra: Le patrimoine sera-t-il préservé?

Le palais d’Ambohitsorohitra figure parmi les patrimoines nationaux dont le palais de la Reine (Manjakamiadana) et celui du Premier ministre (Andafiavaratra). Depuis quelques mois, des chantiers sont opérés sur la façade de l’ex-Résidence des autorités coloniales sans tambour ni trompette.

Si d’habitude les chantiers entrepris par le Chef de l’Etat sont entourés d’une campagne de communication, celui initié depuis quelques mois sur la façade du palais d’Ambohitsorohitra a débuté dans le silence total… Rapidement le bâtiment a été clôturé de tôles protecteurs et démantelé illico presto. N’est-ce pas un chantier présidentiel? Les passants remarquent les changements sur la façade du palais d’Etat mais personne n’est capable de répondre s’il s’agit d’une restauration ou d’une nouvelle construction. La réponse d’un membre de l’entourage présidentiel affirme que le chantier vise à agrandir les bureaux pour accueillir les services  de la Présidence de la République. Si l’objectif est d’agrandir l’espace de travail de l’équipe présidentielle, pourquoi a-t-on rasé le bâtiment? Pourquoi ne pas entreprendre un chantier d’extension? 

Quoi qu’il en soit, on devrait préserver l’architecture parce qu’il s’agit d’un patrimoine national. C’est un témoin de l’histoire malgache de la mise sous protectorat français aux Républiques successives en passant  par la colonisation. Si les tenants du pouvoir veulent marquer leurs empreintes sur l’histoire de l’île, qu’ils bâtissent un palais d’Etat à Iavoloha comme Didier Ratsiraka. D’ailleurs, la reconstruction ou la renaissance du palais de Manjakamiadana en version vingt-et-unième siècle est déjà une empreinte marquée dans les annales de la Grande ile.  

Un patrimoine vieux de 128 ans

L’accord franco-malgache de décembre 1885 met la Grande île sous protectorat français. Dans la foulée de changement politique dans le paysage tananarivien, le gouvernement français désignait Charles Le Myre de Vilers Résident général à Antananarivo et le charge en même temps d’édifier une résidence pour abriter ses logements et ses services administratifs.  La conception de l’architecture, genre renaissance, et la construction ont été confiés à Jully, l’architecte du gouvernement français. La Résidence de France sort de terre en deux ans et inaugurée le 14 juillet 1892 sur un espace de deux hectares appartenait à Rainilaiarivony s’étendant d’Antaninarenina à Anosy. Un bail de cinquante ans est contracté entre le résident français et le Premier ministre de l’époque. 

A la colonisation, la Résidence de France est devenu la résidence des gouverneurs généraux successifs et se transformer en Résidence de l’Ambassadeur de France en 1960 lors du retour de l’indépendance. En 1973, à la suite du mouvement estudiantin réclamant la malgachisation de l’enseignement et de l’économie qui a entraîné la chute du pouvoir Tsiranana,  Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gabriel Ramanantsoa, a obtenu la rétrocession d’Ambohitsorohitra dans le cadre de la révision de l’accord de coopération franco-malgache. Depuis 1975, l’ancienne symbole de la puissance de la France devient un palais présidentiel. Didier Ratsiraka y a installé ses quartiers avant d’emménager à Iavoloha quelques années plus tard.  

Le palais d’Ambohitsorohitra est la résidence des chefs d’Etat malgache depuis 1975. En 2000, le temps où marc ravalomanana était maire, la bâtisse a temporairement abrité les services de la municipalité d’antananarivo. En 2002, Ambohitsorohitra est redevenu un palais présidentiel lorsque le même Marc Ravalomanana accède à la magistrature suprême. 

Le palais d’Ambohitsorohitra est donc un témoin de l’histoire malgache. Et, il figure parmi les patrimoines nationaux dont l’architecture devrait être préservée pour les descendants.