Antsa Ramaroson: « Mobilisation des activités productives pour une relance économique effective »

La Banque Mondiale, suite à la crise Covid-19, indique que l’Afrique, dont Madagascar, enregistre une récession économique de 2,1% à -5,1% pour cette année 2020. Le pays enregistre déjà un fiscal gap considérable et est tenu d’élaborer et de mettre en oeuvre un plan de redressement économique post pandémie. L’économiste financier et membre du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (CREM), Antsa Ramaroson, nous apporte plus d’explications sur la situation et propose des solutions pour amorcer la relance économique.

La crise du Covid-19 a considérablement affecté la recette fiscale et douanière, ce qui amène l’Etat à une orientation budgétaire.a votre avis, quel secteur devrait être priorisé?

Effectivement, l’aménagement du budget de l’Etat est chambardé suite à la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19. Si l’on se réfère au contenu de la loi de finances initiale, les recettes publiques, ainsi que l’allocation des dépenses ont changé, dès le premier trimestre, par rapport aux prévisions. Il est vrai que cette loi de finances ait prévu une amélioration des ressources de l’Etat, si l’on ne cite que l’augmentation estimée des recettes fiscales intérieures de 27,3% et celle des recettes douanières les études à 13,9%. Avec ces prévisions, l’Etat comptait améliorer le taux de pression fiscale à 11,5%, soit une hausse de 0,8 points, par rapport à l’année 2019. Mais il est désormais très difficile de réaliser ces prévisions. L’étude menée par les économistes de la Banque Mondiale a indiqué une récession économique de -2,1% à -5,1% pour cette année 2020, dans la région de l’Afrique Subsaharienne, où Madagascar se trouve. Il s’agit de la première récession depuis les 25 ans. En d’autres termes, le taux de croissance économique de la Grande-île pourrait être négatif, pour cette année. Cela engendrera naturellement une baisse significative des recettes publiques. Par ailleurs, une augmentation des dépenses s’impose, compte tenue de la crise. Les plus urgents concernent les secteurs sociaux. Des subventions ont déjà été allouées  pour soutenir la subsistance de la couche de la population vulnérable. Dans ce genre de situation, ce sont généralement les dépenses d’investissement qui sont sacrifiées. Il s’agit d’une hiérarchie des priorités.

Par quel moyen l’Etat pourra-t-il combler ce fiscal gap? Peut-on compter sur l’appui financier des bailleurs de fonds?

Nous savons tous qu’un pays en état d’urgence attire facilement l’appui des partenaires techniques et financiers. Madagascar a déjà bénéficié de quelques aides d’urgence, sous forme de dons de matériels, de PPN et d’appuis en numéraire, accordés par ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. Mais cela reste insuffisant, car l’apparition des nouvelles dépenses obligatoires n’est pas la seule imprévue générée par la pandémie. Il y a aussi le manque à gagner de l’Etat, suite au blocage des activités économiques productives. Le pays doit compter sur les aides extérieures pour amortir les impacts de cette crise sanitaire. La bonne nouvelle est que la Banque Africaine de Développement a déjà pris les mesures adéquates pour mobiliser les 3 milliards de dollars US, nécessaires pour atténuer l’impact de la Covid-19 dans les pays d’Afrique. Cependant, il s’agit d’une crise mondiale. Madagascar n’est pas le seul à avoir besoin de ces appuis. Outre les mesures sociales qui s’imposent, il faut avoir un bon plan de relance pour mieux attirer ces financements. Nos dirigeants devraient réorienter la politique économique et adopter une politique de relance, pour soutenir les activités productives, qui assurent l’emploi et la création de richesses. 

Les parlements vont bientôt procéder au vote de la Loi de finances rectificatives (LFR), en quoi c’est important et urgent?

Par définition, la loi de finances est l’acte législatif qui définit la perception des recettes et l’allocation des dépenses de l’Etat, par le pouvoir exécutif. Comme nous l’avons indiqué précédemment, tout a changé, aussi bien au niveau des recettes que des dépenses de l’Etat. La loi de finances rectificative est donc indispensable pour adapter la loi de finances initiale à la situation actuelle, afin que l’exécutif puisse mettre en œuvre son programme. 

Etant en période de crise, tous les acteurs économiques concernés ont-ils été consultés pour son élaboration?

Pour Madagascar, l’Etat a toujours adopté une démarche « inclusive », pour l’élaboration de la loi de finances. En effet, les acteurs économiques et la société civile devraient être consultés, comme à l’accoutumée. Le ministère chargé de l’Economie et des Finances est déjà en train de concocter la loi de finances rectificative, pour cette année 2020. Les consultations des différentes parties prenantes devraient être au programme, compte tenu des mesures prises par le président de la République, limitant le nombre de personnes réunies à un événement, à 50.

Étant économiste et membre du CREM, que proposeriez vous comme solution pour un redressement économique post covid-19?

Le CREM est un cercle de réflexion. De ce fait, je ne peux pas m’exprimer tout seul, au nom de l’association. Cependant, du point de vue d’un économiste, il existe certains points évidents, pour amorcer la relance économique, à la suite de cette crise sanitaire aux multiples impacts. Les plus importants concernent la mobilisation des activités productives. L’Etat doit favoriser la production, non seulement celle des grandes firmes, mais surtout, pour les MPME (Micro, petites et moyennes entreprises), qui ont un poids considérable, lorsqu’elles sont toutes réunies. Si l’on se réfère aux précédentes crises économiques, nous pouvons dire que ces MPME sont les plus vulnérables, face à la situation actuelle. Les pays émergents ont relevé leurs nombreux défis, en misant sur les entreprises naissantes et les PME qui se sont développées très vite. C’est d’ailleurs la stratégie commune des BRICS et les quatre dragons d’Asie. Ils accordent des exonérations fiscales, des allègements fiscaux pendant 2 à 5 ans. Cela semble difficile pour un pays comme Madagascar, mais les dirigeants doivent reconnaître que le secteur privé est en difficulté et la survie des MPME est très menacée. Ce sont pourtant ces entreprises qui, une fois développées, améliorent beaucoup plus, les recettes de l’Etat, la croissance économique, la création d’emplois et tous les effets d’entraînement sur l’économie nationale.