Reconstruction post-Coronavirus: Lanto Ratsida penche pour une approche fédérateur, authentique et inclusive

Le pays a passé un mois de confinement pour contenir la pandémie du Covid-19. Le sociologue Lanto Ratsida nous livre ses réflexions sur le comportement social durant cette période de confinement, tout en essayant d’apporter des explications pour comprendre les petites résistances constatées. Depuis que le chef de l’État a annoncé le déconfinement progressif, certaines personnalités ont commencé à soulever la projection post-Covid. Lanto Ratsida propose un déconfinement progressif dans le temps et par secteur en écartant de la liste des priorités immédiates la rentrée scolaire pour s’attaquer d’abord aux problématiques du transport public. Interview.

Le Covid-19 est en train de changer le monde depuis environ un mois, comment trouvez-vous la stratégie entamée pour la lutte contre cette pandémie ?

Nous avons pris des mesures, je n’y reviens plus. Un réflexe un peu plus anticipé sur la décision de fermeture des frontières aurait pu nous aider un peu plus, en évitant l’entrée de la pandémie. La surprise était perceptible chez le gouvernement. La communication, l’harmonisation et la cohérence entre les prérequis sanitaires pour une lutte efficace et la stratégie mise en oeuvre sur le terrain sont parmi les défis majeurs de la stratégie du chef de l’État

Une partie de la population n’accepte pas le confinement, est-ce purement financier?

Non, pas seulement car c’est aussi à la fois culturelle et structurelle. Dans la plupart du temps, la majorité de la population vit et effectue leurs activités à l’extérieur. On consomme des produits frais puisque généralement on n’utilise pas de réfrigérateur ou autre équipement de stockage. Même les toilettes et le point d’eau se trouvent à l’extérieur. D’ailleurs leur budget ne le permet pas. Ce qui explique la floraison des gargotes et bouffe-rapides. Pour nous, la maison est plus un lieu de refuge, de repos, de récupération et de regroupement familial pour la nuit et les week-ends. Sans parler de l’étroitesse de la surface habitable par rapport à la taille des ménages.

L’État a engagé des mesures de soutien aux entreprises et aux ménages les plus vulnérables. Des dysfonctionnements ont été rencontrés, la société malgache n’est-elle donc pas préparée à ce genre de cataclysme?

C’est une évidence. Aucun pays n’est préparé à ce genre de fléau. Le pire c’est que nos systèmes, y compris de la santé, est trop loin des normes requises. Certes, nous avons le BNGRC. Cette structure disposait, dès le début, toutes les ressources nécessaires pour faire face aux catastrophes, or il n’a pas été incorporé comme acteur principal. On n’a pas optimisé sa mobilisation. J’aimerais savoir les raisons de cette décision.

Quel bilan tirez-vous de ce confinement?

Le confinement a mis aux grands jours la défaillance de nos systèmes. Je viens d’en mentionner quelques-uns. De l’autre côté, c’était une pause nécessaire, tant pour la lutte contre le covid-19 que pour notre mode de vie notamment familiale et environnemental. Mais il coûte cher pour l’économie nationale. L’après-covid-19 est inquiétant

Comment doit-on opérer le déconfinement progressif?

Une bonne gestion de temps et des priorités par rapport aux secteurs. La rentrée scolaire ne semble pas être une priorité et il faut régulariser les flux de personne. Les taxis be ne répondent pas à la lutte, je propose de réquisitionner les grands bus existant sur le sol malgache pour gérer la mobilité des personnes. L’objectif est de réduire la probabilité de contact et de contamination.

N’est-ce pas une occasion de restructurer la société malgache ainsi que son économie?

Entièrement d’accord. Les grands pays étant préoccupés par les leurs, il est possible d’échapper à certaines de leurs conditionnalités inconvenables à notre épanouissement. Mais il faut faire vite avec une bonne implication de nos ressources et surtout avec une approche fédératrice venant du chef d’État.

Comment doit-on s’y prendre?

Je l’ai dit, une approche fédérateur, authentique et inclusive. Une nouvelle dynamique ascendante en tenant compte des Fokonolona, de nos élites et des sages ainsi que de nos jeunes. C’est une refonte en commun de nos systèmes y compris le système politique et des partis, de l’économie et du social. La constitution ne prévoit-elle pas un conseil économique, social, culturel et environnemental? La gestion des données, la politique culturelle, la diplomatie culturelle, le développement de l’agriculture, de l’habitat etc… sont parmi les domaines à revoir en profondeur.