Gestion du Covid-19: Nationalisme, va-t-on se passer de l’Institut Pasteur?

Suite au premier décès lié au Covid-19, les malgaches ont été scotchés au petit écran pour suivre la déclaration présidentielle de ce dimanche 17 mai. Si tous prêtaient l’oreille pour entendre les détails des mesures adoptées à compter de ce jour, le Chef de l’Etat s’est surtout axé sur le nationalisme en avançant des solutions malgaches face à la pandémie et pour le relèvement post-Coronavirus. 

A chaque renouvellement de l’État d’urgence sanitaire, le président de la République effectue un discours pour s’adresser à la Nation afin de transmettre les directives faisant suite à la proclamation de l’État d’exception. Dans la soirée dominicale, les mots du Chef de l’Etat, Andry Rajoelina, ont été durs. Il a affirmé que, en plus de l’ennemie invisible qu’est le Covid-19, le pays fait face aussi à des ennemies exterieures et interieures. Et, le locataire du palais d’Ambohitsorohitra a alors pointé du doigt les erreurs de l’Institut Pasteur de Madagascar dans les tests effectués d’il y a quelques semaines. Quelles qu’en soient les causes de cette erreur, le Chef de l’Etat qualifie ce fait d’inacceptable en soulignant ses conséquences sur la population. 

Le numéro 1 Malgache a alors affirmé que le pays s’engage sur la voie du changement. Et ce, à la veille de la fête du retour à l’indépendance. Andry Rajoelina a  souligné qu’il est disposé à travailler avec tout le monde mais il a bien mis l’accent sur la souveraineté du pays et de ses institutions pour se soustraire des pressions et autres formes d’ingérences ou interférences étrangères. Parmi les signes du changement que le Chef de l’Etat a souligné sont l’inauguration prochaine, avant la fête de l’indépendance, d’un laboratoire purement malgache et d’une industrie pharmaceutique.  

Les images du nouveau centre de laboratoire a déjà circulé en début de matinée de ce dimanche sur les reseaux sociaux. Etabli à Androhibe, le Laboratoire d’Analyses Médicales Malagasy (LA2M) serait capable de mener des tests sur le Covid-19. Selon certaines indiscrétions, les chantiers menant à la création de ce centre ont débuté voici un mois.   Apparemment, avec les couleurs du bâtiment, il s’agit d’un centre appartenant à l’Etat. Quant à l’industrie pharmaceutique, le Chef de l’Etat l’a annoncé voici quinze jours lorsqu’il a annoncé une nouvelle forme de médicament pour soigner le virus du Covid-19 par l’injection d’une solution d’Artemisia. 

Avons-nous les moyens de nos ambitions ?

Le discours nationaliste et panafricaniste d’Andry Rajoelina sont bien accueilli tant sur le continent que dans la Grande ile. Depuis quelques semaines, le Chef de l’Etat s’est engagé sur plusieurs fronts  pour affirmer la souveraineté nationale. D’abord, il s’est lancé dans un bras-de-fer contre l’OMS à propos du remède traditionnel amélioré Covid-Organics. Si l’organisme onusien soutient haut et fort qu’il n’existe pas de résultats scientifiques tendant à confirmer l’efficacité du produit malgache tout en mettant en garde les Etats d’Afrique sur ce produit, Andry Rajoelina monte aux créneaux pour défendre le CVO en dénonçant en même temps les mentalités suprémacistes occidentales.  

Un deuxième front a été ouvert lorsque la polémique sur les statistiques fournies par l’Institut Pasteur, faisant état de 67 personnes contaminées, a éclaté.  Le gouvernement a rapidement dénoncé ce chiffre en opérant des contre-tests ramenant les contaminées à une dizaine au lieu de 67. Malgré le rapport d’enquête interne de l’Institut Pasteur remis au Premier ministre, le gouvernement s’est dit non satisfait et qu’une enquête se poursuivra. Sur ce même dossier, le président de la République a dénoncé encore et encore les erreurs de l’Institut. En mettant en place un laboratoire concurrent de l’Institut Pasteur, Andry Rajoelina sera vu d’un mauvais oeil par la France. Il ne faut pas oublier que cet Institut est déclaré d’utilité publique en Hexagone.   

Le troisième front est le bras-de-fer franco-malgache sur les îles Eparses. Interviewer sur des médias publics français, le Président Rajoelina a directement, sans aucun tact, revendiqué le retour de la souveraineté totale et exclusive de Madagascar sur ces petites îles.  Une prise de position à laquelle la France a répondu par la publication d’un projet de décret portant sur la création d’une réserve de biodiversité sur l’île des Glorieuses.  Ce décret en gestation rappelle aussi la souveraineté française sur ces petites îles. On sait en effet que la France, dans la première négociation, ne désire pas remettre en cause sa souveraineté sur les îles Eparses en privilégiant la cogestion. 

Jusqu’où irons-nous? Si la France continue de rejeter la restitution des îles Eparses, quelles options avons-nous pour entrer en possession de nos biens? Si on veut se passer de l’Institut Pasteur pour les tests PCR, disposons-nous des fonds nécessaires et des ressources humaines pour mener cette vaste opération? On ne peut pas toujours se fier aux diverses donations occasionnelles telles que celles de Jack Ma ou de la Chine, de l’Inde de la Corée du Sud. De même, le plan de relance économique, appelé plan de mitigation, nous ramène encore à avoir les pieds sur terre puisque 71% des 356 millions de dollars restent encore à négocier auprès des partenaires techniques et financiers.  

Comment le Chef de l’Etat jonglera-t-il cette ambition émancipatrice avec notre faiblesse financière et économique?