Statut des Îles Eparses: Paris et Antananarivo en froid

Le statut des Îles Eparses continue d’être une épine dans les relations diplomatiques franco-malgaches.  Le deuxième round des négociations, après celle de novembre 2019 au palais d’Andafiavaratra, ne s’est jusqu’à présent concrétisé. En l’absence de contact formel entre les deux pays sur ce dossier, la tension semble monter d’un cran.

L’ambassadeur de France à Antananarivo, Christophe Bouchard, a été convoqué au Ministère des Affaires étrangères Anosy pour recevoir, du chef de la diplomatie malgache, l’opposition ferme au projet français de créer une “Réserve naturelle nationale” sur l’archipel des Glorieuses, une des petites îlots formant les Îles Eparses.  Le ministre Liva Tehindrazanarivelo a indiqué que l’acte unilatéral de Paris porte atteinte, de manière directe ou indirecte, la souveraineté de Madagascar sur ces îles, et un acte de défiance à l’encontre de Madagascar tout en sapant les négociations en cours entre les deux pays. 

Les prises de positions récentes des dirigeants des deux pays sur le statut des Îles Eparses ont été à l’origine de cette tension. D’un côté, le chef de l’Etat malgache, Andry Rajoelina, répondant à Christophe Boisbouvier lors d’une interview de France 24 et de RFI le 11 mai dernier, a clairement écarté  d’un revers de la main la proposition française d’une cogestion : « Nous, on a réclamé la souveraineté de ces îles. Et on parle de restitution ».

En réponse à la prise de position d’Andry Rajoelina, la France a rétorqué en publiant le lendemain même le projet de décret portant sur la création d’une “réserve naturelle nationale” pour affirmer la souveraineté française sur ces îles… On se souvient que le président français Emmanuel Macron, en visite sur les Glorieuses en octobre 2019, avant la première réunion de la commission mixte franco-malgache, a déjà lancé la phrase: “ Ici, c’est la France” pour marquer son emprise sur ces îlots tout en annonçant déjà son projet de réserve pour  la préservation de la biodiversité.

Quelles sont les options pour la restitution des Îles Eparses?

Pour établir la souveraineté malgache sur ces bouts de cailloux combien important pour Madagascar, le Chef de l’Etat malgache et sa diplomatie n’ont pas beaucoup de marge de manoeuvre. L’unique démarche est la voie diplomatique, c’est-à-dire les discussions comme l’a souligné la résolution 34/91 du 12 décembre 1979  de l’Assemblée générale des Nations Unies invitant le gouvernement de l’Hexagone à entamer des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la restitution des îles (Eparses), arbitrairement séparées de Madagascar. 

En effet, Madagascar n’a ni les moyens ni les ressources d’engager un bras de fer militaire pour conquérir ces îles. Et encore moins pour les sécuriser et protéger… Malgré le fait que Madagascar est un pays insulaire, la marine n’a jamais été qu’à l’état d’embryon. Et ce, même si la Grande île a été présidé pendant près de vingt ans par un brillant officier de la marine, formé à l’Ecole navale de Brest, puis élevé au grade d’amiral. 

En plus de la crise des Îles Eparses, la divergence entre le gouvernement malgache et l’Institut Pasteur, un organisme déclaré d’utilité publique par le gouvernement français, ne fera que jeter le feu sur la tension entre les deux pays. 

Bref, quel que soient le chemin emprunté, tout se terminera autour d’une table de négociation.