Le Colisée dans le Rova d’Antananarivo: Un retour en arrière est-il possible?

Tananariviens et Malgaches ont été estomaqués de constater l’érection sur les fondations du palais “Masoandro” de Ranavalona III, un Colisée rebaptisé “kianja Masoandro”. Devant la détermination du pouvoir désireux de mener à terme son projet, des initiatives citoyenne et de la société civile s’affirment pour dénoncer le concept de dénaturer l’histoire et le patrimoine malgache. 

En scrutant les hauteurs de la capitale, tananariviens et Malgaches arboraient fièrement une mine de fierté en suivant de loin l’évolution de la restauration du Rova d’Antananarivo. D’ailleurs, le mouvement de la grue prouve que chaque jour le chantier avance… La découverte de la construction d’une nouvelle bâtisse, un Colisée ou “Kianja Masoandro”, a vite fait déchanter les Malgaches. Non seulement, il s’agit d’une aberration mais tout le monde a été pris au dépourvue.  

La désapprobation est générale qu’une pétition titrée: “Sauvons du génocide culturel Anatirova, patrimoine national malgache” a en quelques jours investit la toile. Jusqu’à hier, elle a collecté 11 970 signatures. La pétition vise à dénoncer le nouveau projet du gouvernement dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo et mettre la pression pour que la restauration du patrimoine soit respectée. 

Parallèlement, la société civile se saisit du dossier à travers les Amis du Patrimoine de Madagascar (APM). Cette association a indiqué qu’elle a toujours appelé à ce que “ l’identité visuelle et la sacralité du Rova d’Antananarivo soient respectées et que de nouveaux éléments visuels ne soient pas introduits, eu égard à sa symbolique au niveau de la souveraineté nationale et l’attachement de la population malagasy dans sa grande majorité”.  Et, l’association APM de rappeler et de souligner que le “Kianja Masoandro” n’a rien à voir ni avec l’architecture initiale du site, ni avec l’Histoire de Madagascar, ni avec la culture.

Par la même occasion, l’APM a déclaré que les transformations apportées au sein du Rova d’Antananarivo remettrait en cause l’inscription de la Haute-ville au patrimoine mondial de l’UNESCO. En effet, ce Rova est l’élément central de l’architecture de cette partie historique de la ville d’Antananarivo et qui donne aspect exceptionnel à la Ville des Milles dans toute la partie Afrique subsaharienne. 

Chez les Andriana Merina, organisés en assemblée (AAM), on dénonce une violation du sacré. “Le caractère sacré du Rova où qu’il soit à Madagascar repose sur trois piliers: le palais (lapa), les tombeaux royaux (fasana) et le stele (vatolahy)”, a t-on précisé dans leur communiqué. L’aire dédiée aux manifestations culturelles et officielles n’est pas admise dans l’enceinte royale, elle est aménagée ailleurs… En effet, pour Antananarivo, les anciens monarques organisent les rencontres avec la population à Andohalo ou à Mahamasina pour les festivités en préparation ou au retour des expéditions militaires. Le Kianja Masoandro n’a donc pas sa place dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo.

Que faire du Colisée?

Si la pression sur le gouvernement porte ses fruits et que le tenant du pouvoir revoit son projet “Kianja Masoandro”, tout le monde s’interroge: que faire alors de ce Colisée fait de bloc de bétons? Jusqu’ici, les opposants à la construction du Colisée sur le site du Rova d’Antananarivo sont incapables de répondre à cette question.  Tout le monde a été pris au dépourvu, la construction est arrivée presque à son terme. Mettre en pièce une bâtisse de plusieurs milliards d’ariary du contribuable malgache n’est pas une option voire totalement exclue, mais le conserver dans l’enceinte royale est aussi impensable. Face à ce dilemme, tout le monde semble se résigner…